15.05.2008

NITESCENCE

"Nitescence" est un substantif féminin.

Il provient du latin "niscere" qui signifie "devenir luisant, se mettre à briller".

Ce mot peut être utilisé comme synonyme de "lueur" ou "éclat.

Ses yeux se mouillent aisément avant le plaisir; ils étincellent et s'enduisent d'une vague nitescence; on croirait qu'il va tout aimer (Sainte-Beuve, Volupté, t. 2, 1834, p. 145).

Cette splendeur était-elle due à la nitescence que donnent au teint l'air pur des montagnes et le reflet des neiges! (Balzac, Séraphita, 1835, p. 193).

Ces femmes [de Delacroix] malades du cœur ou de l'esprit ont dans les yeux le plombé de la fièvre ou la nitescence anormale et bizarre de leur mal (Baudel., Curios. esthét., 1855, p. 162).

Les formes adjectivales de "nitescence" sont "nitescent" et "nitescente" qui peuvent donc être synonyme, vous l'aurez deviné, des adjectifs "lumineux" et "éclatant".

C'est à ce moment que Néel de Néhou était rentré au cimetière (...). Aussi, quand il rencontra Sombreval et sa fille traversant le cimetière, fut-il frappé d'un éblouissement qui ne venait pas seulement de la beauté nitescente de Calixte, marchant dans l'éclat solaire d'un jour d'été (Barb. d'Aurev., Un Prêtre marié,Paris, F. Bernouard, t. 1, 1927, [1865], p. 107).

En conclusion, "nitescence" est un bien joli mot lorsque vous êtes en panne de mots pour parler d'une lumière ou de son éclat sur un objet, une personne. Si les publicitaires pensaient à l'utiliser, il égaierait certainement les publicités léssivielles en leurs conférant une petite touche poétique.

Grâce à la nouvelle lessive du Maneki Neko blanc, mon linge resplendit d'une nitescence incomparable! (Maneki Neko, J'espère que je pourrai changer le titre de ce blog plus tard, 2008)

14.05.2008

Le roi et moi

Voici un texte écrit dans le cadre du "jeu presqu'hebdomadaire" du forum "A Vos Plumes!". Le thème du jeu était une simple date, le 21 janvier 1793...

Je suis belle.
Pourtant j’ai beaucoup travaillé ces derniers temps, mais ce jour est un jour particulier. Nous sommes le 21 janvier 1793 et j’ai rendez-vous avec un client très spécial. Alors on m’a chouchoutée pour l’occasion. J’ai été brossée, lustrée, polie, afin que les centaines de personnes, qui sont venues me voir à l’œuvre, n’aient d’yeux que pour moi.
Seuls témoins silencieux de mes journées bien remplies, les têtes de mes anciens amants gisent toujours pêle-mêle dans leur panier en osier. Ils ont leur propre rôle, certes un peu effacé par ma prestance, mais indispensable tout de même : Celui d’offrir un avant goût du spectacle à leur successeur et de l’accueillir chaleureusement parmi eux, une fois ma tâche accomplie.
Enfin le voila! Une tête couronnée ne sait-elle donc pas qu’il est extrêmement inconvenant de faire attendre une dame de bonne compagnie? Il s’approche, c’est donc cela un roi…
Il s’avance au rythme des tambours, dans des habits ocre et noir, une perruque poudrée sur le crâne. Après m’avoir considéré un instant, les yeux mêlés d’une muette admiration et de la crainte irraisonnée d’une pucelle, il échange brièvement quelque mots avec son bourreau.
Il est l’heure. Le rustre exécuteur l’installe brutalement dans la position adéquate. Je sens son cou chaud et humide de sueur sur mon bois ferme et rassurant.
« Ne tremble pas mon chéri, je suis une experte. Contemple le regard de mes prétendants déchus, vois comme ils sont tristes et figés d’avoir déjà eu leur tour, de ne plus être à ta place. »
Je l’étreins tendrement entre mes cercles de chêne. Ma large plaque d’argent reflète un soleil d’or. Le simple métal aiguisé entrera bientôt en contact avec la peau royale.
Tout est prêt, la foule retient son souffle, je sens le trac monter lentement entre lui et moi. La corde est tirée, comme pour un lever de rideau. Mon couperet fend le vent et fond sur sa majesté. Ma fine lame ouvre l’épiderme, brise l’os, pénètre la tendre chair vierge. Ultime orgasme que l’on ne peut subir deux fois. Oubliant la petite mort, mon roi embrasse avidement la grande.
Désormais, Louis XVI est un de mes soupirants flétris, parmi tout les autres, il leur est égal en tout point, au fond de ma corbeille. Mais moi, je n’oublierai jamais ce moment unique. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on s’occupe d’un monarque…

12.05.2008

Vous allez finir par vous aimer les uns, les autres, bordel de merde?!

Voici un petit texte sans conséquence, que j'ai écrit suite à événement que j'ai réllement vécu, quelques jours plus tôt. Bonne lecture. ^^

Mon sac de voyage « polochon », supporté par une sangle en tissu dont l’unique objectif semble être de s’enfoncer le plus possible dans mon épaule gauche, pendait sur mon flanc droit. Haletant, les yeux peinant à quitter le sol pour éviter les poteaux, les jambes perdues dans mon vieux baggy et les cheveux coiffé à l’aide d’une brosse à dent, je louait le seigneur d’avoir mon lecteur MP3 sur les oreille, afin de m’isoler de la foule des passants qui devaient avoir bien du mal à réprimer leurs envies de me jeter une petite pièce.
Seul élément qui fut capable de me faire lever la tète et de me ralentir quelques instants dans ma marche frénétique, le rose pâle d’un cerisier en fleur vint caresser ma joue. Début mai, je rentrai d’un week-end passé chez mes parents, dans la douce odeur de ma première belle saison en temps que jeune oisillon fraîchement libéré du nid familial. Sortant tout juste de plus de deux heures de RER, c’est à grand pas que je me dirigeais vers mon appartement.
Accroché à mon oreille par le truchement d’un écouteur en plastique, la céleste Chihiro Onitsuka me susurrait de délicates arabesques musicales. Malgré la barrière des langues, la charge émotionnelle portée par le velouté de son grain de voix se déversait directement dans tout mon être, communiqué à chacun de mes organes par mon cœur affolé sous le cocktail de l’effort et de la passion.
Mais à la vue de la bouche entrouverte d’un grand homme noir, en costume, marchant dans ma direction, je pressentis l’éclat d’une voix puissante et vindicative. Eclat qui ne tardât pas à couvrir le chant sucré, que je mis alors sur pause.
« BATARD !!! »
L’homme me regardait avec insistance, mon premier réflexe fût de continuer ma route comme si de rien n’était, tandis qu’un deuxième « BATARD !!! » retentissait violement. Nous nous croisâmes sans heurt sur le trottoir étroit, malgré l’envergure importante que j’arborais en raison de mon sac de voyage. Le personnage se trouvait donc dans mon dos lorsqu’il fit claquer son injure pour la troisième fois consécutive.
Sous le coup de mon arrêt brutal, mes chaussures crissèrent sur l’asphalte. Je me retournais et interpellais l’homme : « Hey ! ». Il fit demi tour, et me jetât un regard tellement mauvais que sa haine en était presque palpable. Il s’approchât rapidement de moi, jusqu'à ce que je puisse sentir son souffle avec assez de proximité pour y déceler les traces de son précédent repas. Le grand noir faisait plus d’un tète de mieux que moi, et sa musculature, saillante sous ses vêtement, ridiculisait sans complexe mes bras potelés. Les yeux levés vers les cieux, je n’aurais pu, dans cette configuration, voir que son cou de taureau, si il n’avait pas eu le visage baissé vers moi. Ses yeux d’onyx coulaient en moi comme un infâme poison. J’esquissai un petit mouvement de recul afin de pouvoir m’exprimer plus confortablement.
« Que t’ai-je bien fait pour que tu m’agresse ainsi en pleine rue, sans que je ne t’ai ni parlé ni touché ? Tu ne m’aimes pas ? Mais sache que moi je t’aime ! Tous les êtres vivants de cette planète ont le droit d’être aimé et d’aimer en retour ! Ne vois-tu donc pas le temps magnifique qu’il fait ? Les fleurs bordent notre chemin, les arbres se balancent lentement au rythme d’une légère brise, des couples de chiens s’amusent dans l’herbe du parc. Personne ne cri, personne ne se bat, pourquoi veux-tu me faire du mal, à moi qui ne t’en veut pas ? Prend le temps de stopper quelques instants ce flot hostile qui s’échappe de ta bouche, afin de respirer les sons qui t’entourent. Fait abstraction des bruits de voitures, des logorrhées puissantes des quidams, des avions qui déchirent le ciel et du goudron qui te sépare de la terre. Ecoute le son du vent, des enfants qui jouent, des feuilles qui bruissent, essaye de ressentir la toute puissance de la terre qui se cache sous toi. »
Je profitais alors de sa stupéfaction pour effectuer les quelques pas qui me séparaient du cerisier, afin d’y attraper l’extrémité d’une branche, toute couverte de fleur rose pastel. Retournant doucement vers lui, le végétal à la main, je posais mon sac au sol afin d’enlacer l’être humain qui se dressait face à moi. A la fin de l’étreinte, je lui déposais le bois efflorescent entre les mains, dans un grand sourire de chaleureuse humanité, reprenais mon sac, puis mon chemin.

C’est à ce moment là que je me rendis compte que j’étais déjà arrivé à l’appartement.
Encore une fois, ma pensée avait de loin dépassé mes actes. Tandis que j’imaginais un comportement magnifique, j’avais tout simplement poursuivi ma route, mécaniquement. Tel un somnambule, mes jambes avaient fonctionné alors que mon esprit vagabondait dans des rêves utopiques. S’en suivi un long moment à réfléchir sur la façon dont j’aimerai que le monde fonctionne, et sa triste réalité. Si j’avais suivi le cheminement de mon cerveau, que ce serait-il réellement passé ? N’est-ce pas justement parce que personne n’ose accomplir d’acte d’amour envers un inconnu, car il est plus facile d’être haineux envers autrui, que le monde et les relations humaines sont dans un tel état ?
Il est fort probable que je ne revois jamais plus le grand homme noir qui m’invectiva sans raisons apparentes, en cette douce après midi de mai. Par conséquent, mes réflexions sur cette rencontre resteront à jamais sans solutions, et c’est bien dommage…