14.05.2008

Le roi et moi

Voici un texte écrit dans le cadre du "jeu presqu'hebdomadaire" du forum "A Vos Plumes!". Le thème du jeu était une simple date, le 21 janvier 1793...

Je suis belle.
Pourtant j’ai beaucoup travaillé ces derniers temps, mais ce jour est un jour particulier. Nous sommes le 21 janvier 1793 et j’ai rendez-vous avec un client très spécial. Alors on m’a chouchoutée pour l’occasion. J’ai été brossée, lustrée, polie, afin que les centaines de personnes, qui sont venues me voir à l’œuvre, n’aient d’yeux que pour moi. Seuls témoins silencieux de mes journées bien remplies, mes anciens amants gisent toujours pêle-mêle à mes pieds. Ils ont leur propre rôle, certes un peu effacé par ma prestance, mais indispensable tout de même : Celui d’offrir un avant goût du spectacle à leur successeur et de l’accueillir chaleureusement parmi eux, une fois ma tâche accomplie.
Enfin le voila! Une tête couronnée ne sait-elle donc pas qu’il est extrêmement inconvenant de faire attendre une dame de bonne compagnie? Il s’approche, c’est donc cela un roi…
Il s’avance au rythme des tambours, dans des habits ocre et noir, une perruque poudrée sur le crâne. Après m’avoir considéré un instant, les yeux mêlés d’une muette admiration et de la crainte irraisonnée d’une pucelle, il échange brièvement quelque mots avec son bourreau.
Il est l’heure. Le rustre exécuteur l’installe brutalement dans la position adéquate. Je sens son cou chaud et humide de sueur sur mon bois ferme et rassurant.
« Ne tremble pas mon chéri, je suis une experte. Contemple le regard de mes prétendants déchus, vois comme ils sont tristes et figés d’avoir déjà eu leur tour, de ne plus être à ta place. »
Je l’étreins tendrement entre mes cercles de chêne. Ma large plaque d’argent reflète un soleil d’or. Le simple métal aiguisé entrera bientôt en contact avec la peau royale.
Tout est prêt, la foule retient son souffle, je sens le trac monter lentement entre lui et moi. La corde est tirée, comme pour un lever de rideau. Mon couperet fend le vent et fond sur sa majesté. Ma fine lame ouvre l’épiderme, brise l’os, pénètre la tendre chair vierge. Ultime orgasme que l’on ne peut subir deux fois. Oubliant la petite mort, mon roi embrasse avidement la grande.
Désormais, Louis XVI est un de mes soupirants flétris, parmi tout les autres, il leur est égal en tout point, au fond de ma corbeille. Mais moi, je n’oublierai jamais ce moment unique. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on s’occupe d’un monarque…

Commentaires

Je te l'ai déjà dit sur le forum, je te le redis ici parce que je trouve injuste que ce si beau texte reste sans commentaire:
Il est original, très bien écrit et surtout ... frissonnant!
Le sexe et la mort ont toujours fait bon ménage, et ça se vérifie encore une fois ici.
Chapeau bas...

Indépendamment de tout ça, la police utilisée est vachement plus petite que sur tes autres textes, ça ne facilite pas la lecture.

Ecrit par : Lunatik | 06.12.2008

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