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16.05.2008

Folie de deux fées

J’ai écrit ce texte pour « jeu presqu'hebdomadaire » n° 32 du forum « A vos plumes ! ». Le but était de caser 7 mots dans un texte de 3000 caractère : vœux, piano, geôle, événement, absinthe, rêve et farfelu.

 

 

 

Et que coule le vertueux liquide d’émeraude !
De la bouteille au verre, de l’eau glaciale aux cristaux de saccharose, du mélange hivernal aux feux de jade, du démon charitable à ma gorge extatique.
Je suis une fontaine.
La voilà alors, tout droit sortie de son cocon humide par le chemin de ma narine droite. Gracieuse à la peau d’olivâtre et aux ailes de dentelle sucrée. Elle se tourne vers moi et m’écrase sous un sourire vestalique.
« Fée Absinthe! Je t’en conjure, entends et exauce mon vœu! Libère moi de la tourmente qui me consume ! »
Ses pieds minuscules, étreints dans de délicats souliers de verre, font résonner un air farfelu de piano diaphane. La mystique apparition tend vers moi un doigt malicieux et m’invite à la suivre. Perdu dans mon rêve artificiel, je la suis sans poser de question.
C’est ainsi que, sans avoir rien vu du voyage, j’émerge dans une robe de chambre, au centre d’une foule compacte.
« Pourquoi mon amour ? Pourquoi te jouer ainsi de moi ? Qu’ai-je bien pu faire pour attiser ainsi ton courroux ? N’y avait-il pas punition moins implacable à me faire subir, que de me pousser droit dans les bras de ma geôle ?! »
Place de la défense, tout n’est plus qu’agression virulente.
Dans un tourbillon flou de costume gris souris, se détache un millier de paire d’yeux. La plupart me scrutent furtivement, avant de reprendre leurs pas pressés, nullement troublés par un événement aussi trivial qu’un homme à demi nu, errant dans un lieu public.
Crise de misanthropie aigue, accentuée par les diablotins éthyliques qui se bousculent dans mes veines.
Un jeune homme me frôle, déclic nerveux, je lui bondis au visage et tente de le lacérer à coups de griffes.
Je suis un chat.
Soudain les globes oculaires se braquent sur moi. Je suis enseveli sous un amoncellement difforme de chair, de tissus et d’attaché-case. Ils me tiraillent, me broient, me déchiquettent! J’enfonce profondément mes racines dans le sol, je tente de résister à ce flot impitoyable.
Je suis un bégonia.
Je m’agenouille, suppliant ma verdoyante aimée. Ses cheveux se transforment en un nid de serpent, son si doux sourire dévoile six rangées de dents pointues et effilées comme des rasoirs.
Je disparais…
***
L’ombre de ma main s’amuse à entrecouper celle des barreaux de ma cellule psychiatrique. Dans cet univers de blanc laiteux et de vert pâle, j’ai tout d’abord crû que ton absence me serait insupportable.
C’était bien avant huit heures ! A cette heure matinale, elle apparaît chaque jour.
Directement d’une boite en carton à mes yeux, en passant par ma langue, puis mon oreille gauche, la Fée Xanacs me console tendrement.
Tout aussi gracile, tout de blanc vêtu, ses souliers me jouent un air de xylophone. Je me balancerai d’avant en arrière pour le restant de ma vie.
Je suis un métronome.

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