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23.05.2008
Mononoke
Un millier de paires d’yeux.
La tète levée vers le ciel, afin de ne pas les voir, mon regard cherche désespérément une issue. Seulement, aucune sortie ne s’offre à moi. Je suis prisonnière de gigantesques barreaux boiseux. A la fois mur et compagnon de cellule, le ciel d’onyx s’appuis lourdement sur la cime des pins. Ainsi le poids de cette nuit sans étoile semble faire plier ces derniers.
Je baisse le crâne, fais face à mes observateurs. Invisibles, masqués par d’épais feuillage et l’opacité du voile de velours noir, je ne distingue que leurs prunelles, luisantes dans le froid.
« Quoi ?! Que me voulez-vous ?! Et où suis-je pour commencer ?! »
La légère brise, qui soufflait jusqu’à présent, se stoppe net. La forêt se terre dans un mutisme assourdissant. La nature tout entière m’offre une unanime réponse interdite.
« Arrêtez de vous cacher, sortez de là ! Si vous croyez me faire peur, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil ! »
L’oeil, c’est bien la seule chose qu’il me reste à contempler. Entre deux nuages sombre, passe une vision inquisitrice. La lune tout entière, dans son halo laiteux, est un gigantesque globe oculaire menaçant de s’effondrer sur mon corps. Dans sa lumière blafarde, seule qui me protège encore un tant soit peu des noirceurs ultimes, dansent des ombres qui ne peuvent être uniquement celle des arbres ou de ma personne frémissante.
« Ça suffit maintenant !! Laissez moi tranquille !! Je vous préviens, je sais me défendre !! »
Un mouvement dans ma nuque, comme un souffle fugitif, j’en suis sûre ! Je me retourne, le néant, seules brillent encore et toujours, les pupilles abyssales. Je tourne sur moi-même pour tenter de rattraper la présence, du regard. Je trébuche sur une pierre, vacille, tombe à la renverse sur une terre humide. Mes mains sont écorchées, mes genoux aussi. J’ai froid, j’ai peur, j’ai mal au ventre et à la tète.
« Et merde !!! »
Je m’effondre en sanglot.
« PUTAIN DE BORDEL DE CONNARDS !! CASSEZ-VOUS BANDE D’ENFOIRE !! »
J’agite mes mains en tout sens pour tenter d’en attraper un, au hasard. Mes ongles lacèrent le vide, mais ne rencontre aucune trace de mes scrutateurs. Alors je retourne mes doigts vers mon visage, et enfonce mes griffes dans mon front. La douleur me permet d‘atténuer un peu la terreur. Tremblante, je m’allonge au sol et me recroqueville en position fœtale, les serres enfoncées de plus en plus profondément dans ma chair.
Derrière un opaque miroir d’incompréhension, un jeune homme contemple une scène aussi banale qu’impressionnante.
Dans une rame du métro parisiens, une SDF d’une cinquantaine d’année, peut-être plus jeune -Il est souvent très dur de donner un âge à ces personnes, tant la misère vieillit prématurément leurs traits-, est en proie à une crise de démence. Sans doute est-elle sous l’emprise de l’alcool, ou d’une autre substance qui réduit la conscience et la volonté humaine jusqu’au niveau d’une plante verte. Elle apostrophe la foule des usagers, les invectives, tombe et s’automutile.
Autour d’elle, pas un seul ne lui répond. Tous la regardent, en proie à un mélange subtil de fascination, de pitié et de crainte, mais pas un seul ne lui vient en aide. Pas un seul n’osera déranger son quotidien, dans le but d’améliorer un peu le sien...
Lorsque la stupéfaction aura cédé la place au blasement, ils détourneront simplement le regard…
19:41 Publié dans Texte | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Un texte troublant mais aussi très intéressant et actuel!
Ecrit par : Faeddil | 23.05.2008
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